“Je n’peux pas travailler debout, parce que ça me fait mal aux genoux.

Je n’peux pas travailler assis, ça me fait mal au coccyx.” (Boris Vian/ Henri Salvador)

 

Jobs, jobs, jobs. Il y a ceux qui regardent leur montre en arrivant au boulot le matin. Qui comptent les heures. Qui cultivent les regrets. S’en nourrissent comme de hamburgers mal cuits. Jobs, jobs, jobs. Il y a ceux qui n’ont pas de boulot. Qui donneraient leur cul pour en trouver un, et qui doivent pourtant supporter les discours moralisateurs des abrutis qui les traitent de feignants1. Jobs, jobs, jobs. Il y a ceux qui ont trop de boulot - à ne plus savoir qu’en faire. Qui se confondent avec lui et qui, au bord du burnout sont incapables de se souvenir de leur dernière séance de ciné, du dernier livre qu’ils ont lu. Jobs, jobs, jobs. Il y a ceux dont le boulot consiste à tendre la main, assis sur un journal crasseux. Sdf, tox ou malchanceux chroniques, ceux-là scrutent les mouvements des passants dans l’attente d’une obole dérisoire. Cherchent dans les visages qui les jugent une trace d’empathie. Jobs, jobs, jobs. Il y a ceux qui - chance, hasard, renoncement, allez savoir - ont su/pu  transformer leur passion en boulot. Qui n’ont jamais vraiment l’impression d’aller au turbin. Jobs, jobs, jobs. Il y a ceux “dont le papa a eu d’la chance” et dont le boulot consiste à assumer (ou non) cette hérédité. A surveiller le boulot des autres, à donner des ordres, à repérer l’erreur. A compter, à recompter des quantités insensées de pognon virtuel et dégueulasse. A faire de l’austérité la règle de vie …des autres. Liste non exhaustive.

 

Jobs, jobs, jobs. Pour sa neuvième édition, la soirée Littérature, jazz et politique avait pour thème le travail. Plus précisément le rapport au travail dans un monde dans lequel bosser représente le Saint Graal. La Valeur ultime. La clé nous permettant de donner un sens à notre vie – fut-ce un sens interdit. La porte ouverte à la liberté (Arbeit macht frei), à la santé (Le travail c’est la santé), voire à la simple humanité. Enfin, pour autant que le boulot en question corresponde aux normes de bienséance et ne se limite pas à un truc de faker – tu fais quoi dans la vie ? Moi, euh, je suis musicien. Non, mais je veux dire comme vrai boulot! Le travail, le monde du jazz s’y est pourtant frotté de la manière la plus abjecte qui soit, dès ses origines : esclavage, work songs, ségrégation, discriminations salariales, chômage etc etc.  Et aujourd’hui encore, vivre du jazz est une réalité qui ne concerne que bien peu de monde. Fallait y penser avant, les gars. Et puis que voulez-vous, si tout le monde n’est pas égal face au travail, à qui la faute ? Les différences de salaire ? Juste une question de mérite, de responsabilité, d’années d’étude - l’argument débile par excellence ! Ne jouons pas sur les mots : dans l’expression “à travail égal, salaire égal”, ce qui me gêne, ce sont les trois premiers mots. Globalement, les gros salaires me débectent – bon, je vais faire un effort pour ne pas citer de noms mais suivez mon regard. Et à l’exception de celui de croque-notes, il n’y a guère de métiers qui méritent davantage mon estime que ceux d’éboueur ou de balayeur de rues.

 

Jobs, jobs, jobs. Dans un vieux film de Claude Zidi, La Zizanie (1978) Louis De Funes résume ainsi son programme électoral : “Trois points : premièrement le plein emploi, deuxièmement le plein emploi, troisièmement le plein emploi.” J’ai déjà entendu ça quelque part, pas vous ?   JPS

 

(1) Sur tous les paquets de cigarettes, figure désormais la mise en garde relative aux dangers du tabac. A quand la mention “L’Onem peut nuire à la santé” sur les documents administratifs ?