DECLIC

 

Il est là, tintamarre silencieux. Ses cases, soigneusement découpées, ont l’odeur acide du  tic-tac d’une montre. Parcours tactique. Passées au numérique comme le reste, ces cases ne vous quittent plus, lovées dans votre poche comme autant de bulles de temps, drôles ou flippantes. En cette rentrée, le calendrier, premier déclic de la saison, crache d’étranges vérités. Sombres ou lumineuses. Entre hasard faisandé et rendez-vous manqué.

 

Septembre 2019. On en a parlé, on a fantasmé sur le symbole, mais cette fois, on y est. La Maison du Jazz aura 25 ans ce 17 septembre. Un quart de siècle et d’aventures musicales et humaines, de rencontres et de découvertes, de lazzis et de louanges. Comme je vous l’ai dit 100.000 fois au moins, au départ, personne n’aurait misé un kopek sur ce projet de Maison du Jazz rêvé par Nicolas Dor, un projet qu’il m’avait confié dès le début des années ’80. Un projet ensuite oublié, ressuscité, réoublié, pendant dix ans, en proie au désintérêt absurde et suicidaire de certains décideurs pour la culture. Un projet enfin concrétisé en 1994 grâce à Jean-Marie Peterken et à son idée d’associer sans les marier un concept inscrit dans la durée mais manquant de visibilité (la Maison du Jazz) et un événement ponctuel mais à grande visibilité (le festival Jazz à Liège, aujourd’hui Mithra Jazz à Liège).

 

Vous savez que je sais que vous savez tout ça aussi bien que moi, mais quand même, 25 ans, un quart de siècle. Ce 17 septembre 1994, c’est comme si c’était hier (malgré la cruauté des photos – cheveux blancs, rides et amis disparus trop tôt) : petit discours dans le cabinet de l’échevin (Hector Magotte à l’époque), puis la paire de ciseaux traditionnelle pour couper le cordon (en présence de Denise Dor, la veuve de Nicolas, hélas décédé avant d’avoir vu son rêve devenir réalité). A peine le temps de se retourner et 25 ans viennent de passer. En 1994, l’amateur de voyages dans le temps que j’étais depuis longtemps aurait donné gros pour jeter ne fut-ce qu’un œil dans un chronoscope d’occase histoire de voir si tout ça existerait encore 25 ans plus tard, et à quoi ça ressemblerait. Réponse : ça existe toujours, et comment ! Les collections sont cent fois plus étendues qu’aux premiers jours, les activités (cours, conférences, concerts, festivals, séances d’écoute etc) ne cessent de se multiplier, comme le fond les synergies les plus diverses. En 2019, nous surfons comme tout le monde sur la vague numérique sans pour autant oublier la poésie et l’importance historique des supports. Je prends toujours autant de plaisir à ouvrir la porte et à tomber face aux disques, chaque matin. Et comme en 1994, je donnerais gros pour savoir où tout ça en sera dans 25 ans. A la différence que cette fois, il y a vraiment peu de chances que je sois toujours là !  Allez, en route pour une nouvelle saison avec de nouvelles idées dont on vous parlera au fur et à mesure. JPS