DECLICSKI

Bon, quand faut y aller, faut y aller. Petit crochet chez mon voisin de droite, le temps de lui emprunter un casque anti-émeute. Passage par la demeure de mon sportif de voisin de gauche le temps de lui chouraver jambières, genouillères, épaulettes et coquille de protection. Rédaction d’une ordonnance bidon me permettant d’obtenir quelques antidépresseurs à la pharmacie du coin, histoire de résister aux quolibets, injures, lazzis et persiflages divers, et c’est parti : je vais pour parler non pas du coronachose mais de…Roman Polanski ! Shame on me, je ne vais pas davantage le vouer aux gémonies que répéter encore et encore qu’il faut séparer l’homme de l’artiste. Quoique. Précision : je n’ai pas (encore) vu J’accuse(mais je compte bien aller le voir en espérant que ma voiture ne sera pas taguée lorsque je sortirai de la salle. Et si elle est taguée, tant pis, nom de Dieu ! Il y a quelques semaines, les fenêtres de la Maison du Jazz ont bien résisté à la projection d’extraits du Dernier Tango à Paris). Entendons-nous bien : que Polanski soit condamné pour ce qu’il a fait, ce n’est sûrement pas moi qui vais le défendre, crier au scandale ou organiser son évasion. S’il a commis les saloperies dont on l’accuse, qu’il assume, pas de souci avec ça : dirigez-vous vers la case prison sans passer par le start ! L’erreur dans cette distinction homme-artiste serait de dire qu’étant un grand réalisateur (ce qui est le cas), il doit échapper à la justice de manière à pouvoir continuer à offrir au monde de grands films. Par contre, condamner au bucher ses films passés et présents, c’est, pour rester dans le monde du cinéma, revenir au grand feu de Fahrenheit 451de Truffaut, ou aux exorcismes des Diablesde Ken Russell ! Que Polanski soit en prison ne devrait empêcher personne de regarder Repulsion, Chinatown, Le Locataireou, surtout, Le Pianisteou J’accuse. 

Vous allez me dire (je commence à vous connaître), quel rapport avec le jazz ? Poser la question, c’est y répondre, en ce qui concerne une musique née dans les bordels, les senteurs d’alcool, les vapeurs de drogue et de sexe, la violence, les gangs et les maquereaux ! Le déclic de ce déclic, ce fut une fois de plus Robert Jeanne (rien à voir avec la violence ou la drogue, ooh ooh, restons calmes). Alors que je lui faisais écouter une version d’I can’t get startedpar un de ses maîtres à jouer, Stan Getz, Robert a eu cette phrase qui est le cœur même de notre sujet : « Comment une crapule comme lui pouvait-il jouer une musique aussi sublîme ? ». Tout est dit. Et Chet ? Et Miles ? Et tant d’autres, dont la vie pour le moins sujette à caution sur le plan moral, ne nous empêchera jamais de jouir à l’écoute de leur musique intemporelle ? Anges ailés ou démons à queue fourchue ? Sans parler des écrivains, des peintres et que sais-je ? Stop aux mises à l’index. Si au moins dans cette grande curie éthique, on en profitait pour se débarraser des Trump, des Erdogan, des Tchink Bam Tchoung et autres monstres poilus (ou pas) ? Mais non, eux sont protégés, immunité parlementaire, garde du corps et que sais-je ? Et à côté de ça, on enlève les cigarettes des albums de Lucky Luke ! M’enfin. JPS