DECLICS Déclic. Celui, mécanique, du bouton on/off de la radio miniature planquée sous mon oreiller, entre la tévé et les rêves moites - odeur du cuir noir ajouré, crachotements, rencontres troubles entre les découvertes musicales (sons d'hier, d'aujourd'hui, de demain) et les émotions qui assaillent l'adolescent imberbe. Déclic. Celui du bouton poussoir de l'enregistreur Philips gris 4 pistes et de la bande qui se met à défiler le samedi après-midi - léger sifflement - Now et la garantie de pouvoir, quand on n'a pas les moyens de s'acheter leurs disques, réécouter demain, après-demain, dans dix ans, tel titre de Miles, de Sonny Boy Willamson ou de Jimi Hendrix. Déclic. Celui des voix immortalisées par les bandes puis par les cassettes - Marc Moulin, Benoit Quersin, Nicolas Dor, J-M Peterken, Leo Souris - j'aurais donné cher à l'époque pour avoir le quart de leur savoir. Et pour le partager. Et aujourd'hui encore, je ne vous dis pas l'émotion lorsque d'un acétate ou d'une bande en papier ressuscitent, fut-ce au coeur d'un son pourri, les voix des pionniers de la radio bleue (Bettonville, Radzitsky et les autres). Déclic de ces radios dites libres (et dont certaines l'étaient) et où nous avons tous (je parle des jeunes gens de ma génération) trouvé un petit créneau pour diffuser du jazz (avant de se faire jeter une fois la logique du pognon réinstallée pour de bon). Pour ne parler que de celles de la région liégeoise, je me souviens, entre autres, de l'émission de Jean Horis sur Radio Outremeuse, de celle de Julien Packbiers sur Radio Franchimont, et puis Heureusement que le jazz existe de Guy Masy, les émissions de J-P Urbain sur Radio Sart-Tilman, celles de Christian Dor sur Equinox, et j'en passe ! Déclic spécial : avec quelques amis, on avait nous aussi réussi à glisser une émission de jazz sur Radio Ciel Seraing. L'émission s'appelait Salt Peanuts et passait le mardi de 22 à 24h. Après s'être abreuvé de musique (et pas que de musique, because bar attenant), il fallait s'offrir un peu d'escalade pour aller couper l'émetteur sur le toit du bâtiment ! Qui écoutait ces émissions, mystère, mais on y croyait ! On sait qu'il y avait au moins un boulanger à l'écoute : celui qui nous avait téléphoné un soir en hurlant qu'avec ce genre de musique qu'on osait passer sur les ondes, son pain serait immangeable ! L'aventure a duré deux ans jusqu'à ce que les hautes instances de la station décident de ne nous garder que si l'émission passait de 3h à 5h du matin ! Merci, les gars, à +. Déclic. Vendredi midi. Comme tous les mois, je quitte Wépion - pas la plus petite fraise en poche mais des sons, cette fois encore, qui se perpétuent dans mon petit cloud cérébral. Ceux de la Maison du Grand Jazz que nous venons d'enregistrer dans le studio/maison de Philippe Baron. Un Baron qui n'a plus qu'à (!!!) monter l'émission, renettoyer le cas échéant telle ou telle archive, transférer le tout sur le serveur de la RTBF, avant de… préparer sa deuxième émission quotidienne (Jazz, sur Radio 3), contacter les invités, numériser et classer encore et encore. Programmateur, animateur, technicien, monteur, archiveur, seul sur son ile comme un Robinson bleu. Tout qui a un jour préparé une émission de radio sait le challenge que constitue la préparation quotidienne de deux émissions ! Alors, qu'est-ce qu'on dit au monsieur ? Au moment d'emprunter la bretelle de l'E42 pour retrouver les pénates de la Maison du Jazz, j'entends presque défiler cette dizaine d'années d'émissions, cette centaine d'heures donc dont la plupart sont engrangées dans nos collections pour les générations futures. Pour autant qu'il y en ait. Déclic. Si, jadis, il vous est arrivé d'enregistrer des émissions de jazz et de les conserver, n'hésitez pas à nous contacter. Si ça nous intéresse ? A votre avis ! JPS