DECLIC 

Adieu donc Pepe le Putois ! Bien fait pour sa gueule (malodorante) : ça lui apprendra à embrasser les filles dans le cou ! Sache, Pepe, que depuis plus de 75 ans, ton comportement « normalise la culture du viol » ! Texto ! Et comme le printemps est là et que la sève monte… Exit donc le putois, les rues seront sûres désormais. 

Sauf que. J’ai bien peur que Pepe ne soit d’abord et surtout une victime supplémentaire de ce culte du politiquement correct qui commence à me brouter sérieusement - passez-moi cette expression qui est loin de l’être. On aurait dû s’en douter, en même temps : ça fait un bout de temps que c’était dans l’air : comme le rappait déjà MC Solaar, « L’esprit de 68 aujourd’hui se dissipe» (A dix de mes disciples). Interdit d’interdire, tu parles ! Un des premiers à payer les pots cassés de cette dictature du politiquement correct fut Lucky Luke, le pauvre : sans lui demander son avis, voilà qu’on lui arrache le mégot des lèvres pour le remplacer par un brin d’herbe ridicule; et comme si ça ne suffisait pas, notre « poor lonesome cowboy » se voit aussi privé de sa bière et condamné à vie à la limonade. A la place du capitaine Haddock, je serais prudent et je ferais des réserves de Loch Lomond : le consortium Moulinsart est puissant mais on ne sait jamais ! Et tout ce délire sur le Père Fouettard, sur Tintin au Congo, sur les mal voyants et les techniciennes de surface, et jusqu’à la pauvre Annie Cordy qu’on accuserait pour un peu d’avoir provoqué l’assassinat de George Floyd : stop please ! Il y a une quinzaine d’années, je me souviens que des ligues de moralité et un groupe de cathos intégristes américains (lesquels n’ont vraiment rien à envier à leurs homologues islamistes) avaient proposé (sérieusement) d’utiliser la technologie actuelle pour trafiquer toutes les scènes de l’histoire du cinéma dans lesquels il y avait de l’alcool, de la drogue, du tabac ou du sexe ! Sans rire !  Resteraient quelques épisodes de la Petite Maison dans la Prairie ou de Bonne nuit les petits et adieux, Mad Men, Orange mécanique ou Trainspotting ! Même les Simpsons ont eu le feu aux fesses, quelques crétins ayant souhaité, sous couvert d’anti-racisme, qu’on supprime de la série l’épicier indien Apu ! Si ces lobbies avaient vraiment pris le pouvoir, les héroïnes de BD n’auraient toujours pas de seins ! Walthery pourrait vous parler de ses difficultés à imposer chez Dupuis le personnage de Natacha. Par contre pas de danger que les censeurs confisquent les armes de Lucky Luke !

Bon, alors avant de subir les foudres d’une partie des lecteurs de ce Hot House, deux précisions 1. ce que j’écris dans ces éditos/déclics n’engage que moi ; 2. je ne suis évidemment pas en train de me poser en défenseur du tabagisme (j’en parle à l’aise, je ne fume pas), de l’alcool (j’en parle à l’aise, je ne bois plus guère), de la drogue (j’en parle à l’aise, j’ai quasi oublié ce que ça voulait dire), du racisme (j’en parle à l’aise, inutile d’argumenter) ou du harcèlement sexuel (j’en parle à l’aise, j’ai toujours été nul en matière de séduction). Et pour en revenir à Pepe le Putois, soyons encore plus clairs : le harcèlement n’est jamais qu’une forme de pouvoir et d’abus de pouvoir - et on sait ce que le vieil anar que je suis pense du pouvoir. Conclusion : le harcèlement (sous toutes ses formes) me dégoûte. Quand mes enfants étaient scolarisés, c’était même une de mes angoisses principales - avec celle de les voir s’enticher des marques de fringue ou de godasses. Le harcèlement me dégoûte, ok, encore faut-il qu’on se mette d’accord sur les limites de la notion de harcèlement, et là, il y a du boulot !  Est-ce que Pepe est un vilain harceleur ? Je ne connais pas assez les épisodes des Looney Tunes dans lesquels il apparaît pour en juger mais perso, j’en doute – il me fait plutôt penser à un séducteur foireux et pathétique, que les scènes en question rendent plus ridicule que dangereux. Comme le Loup de Tex Avery. Et quid de Jessica Rabbit ? Toute cette hypocrisie, bon dieu – alors qu’on sait que les pères-la-morale les plus tenaces sont souvent de fieffés vicelards ! Le jour où le fait de dire à une fille qu’elle est jolie sera devenu un acte de harcèlement (et parfois on n’en est pas loin), on comprendra qu’une fois encore, l’homme de Seth était bien en avance sur son temps lorsqu’il chantait, dans La Rose, la Bouteille et la Poignée de main, cette phrase décisive : « Car aujourd’hui c’est saugrenu, sans être louche on ne peut plus fleurir de belles inconnues, on est tombés bien bas, bien bas ». Pour les « vrais » harceleurs, par contre, qu’il s’agisse de sexe, de pognon ou de boulot, directement en prison sans passer par le start ! Et ce quel que soit leur statut social ! 

Pour clore le sujet, rappelons quand même au passage que le jazz est par essence, historiquement et structurellement, une musique politiquement incorrecte. Historiquement : né dans les bordels, il a grandi dans les bas-fonds de Chicago, s’est épanoui dans les tripots de Harlem ou de Kansas City, dans les vapeurs d’alcool et de sexe, dans les senteurs de marijuana puis de poudres diverses, sous la protection d’Al Capone et de Tom Pendergast, servant de véhicules aux danses les plus lascives. Structurellement : le jazz est une musique de liberté et de solidarité honnie par les dictateurs de tout poil, utilisant des sonorités bannies par les autorités musicales, des intervalles aussi honteux que les quartes augmentées (diabolus in musica), allant jusqu’à jouer des notes qui n’existent pas dans le clavier bien tempéré ou à improviser plutôt qu’à respecter le diktat des compositeurs – les partitions, c’est pas pour les chiens ! C’est pas compliqué : je pense que le papa de Pepe le Putois jouait du sax - un mot qui plaisait énormément à son fils, allez savoir pourquoi. Bon, j’arrête avant que ce déclic ne claque sous le fouet des censeurs et je retourne prendre des nouvelles du Covid ! JPS