DECLIC(Clic)

Jamais cette rubrique n’aura mieux porté son nom. Clic, clic, déclic. Clic, clic, déclic. Un dernier cliché pour la route ? Clic, clic, déclic. Ce fameux clic des photographes qui, à l’occasion, peut nous agacer lorsqu’il se démultiplie pendant un solo de contrebasse ou lorsque certains capteurs d’images envahissent l’avant-scène comme si le public n’existait pas (pas de noms svp). Mais, actionnés par des professionnels respectueux, ces déclics, faisant la nique au temps et à l’entropie, ressuscitent les moments de grâce vécus lors des concerts. Sans les dizaines de milliers de clichés pris en live, en répétition, en studio depuis les premiers temps du jazz, nous serions dans le néant complet au sujet des jazzmen peu ou pas enregistrés. Les photographes nous livrent aussi quelque chose de l’âme des musicos. De cette communion avec le public. De ce rapport physique avec l’ instrument. Au-delà des monographies consacrées aux mythes de la photographie comme Herman Leonard, Jean-Pierre Leloir, William Claxton, Francis Wolff, Guy le Querrec etc, il y aurait un livre à écrire sur l’histoire des photographes de jazz. Pardon ? Non, sorry, pas le temps.

Dans cette mini-série consacrée aux parajazziques, je voudrais rendre hommage à deux photographes liégeois, proches, très proches de la Maison du Jazz. Cette double évocation vaut évidemment pour tous les autres, Liégeois ou non, et ils sont nombreux, à avoir enrichi et à enrichir aujourd’hui encore notre photothèque, assurant ainsi la pérennité aux grands ou aux petits maîtres du jazz d’ici et d’ailleurs. Premier guest de ce déclic, Jacques Joris, spécialiste du Portrait qui, au-delà de son travail sur le terrain, était devenu le photographe attitré de la Maison du Jazz, dès sa création. Une chance que n’ont sans doute eu qu’un nombre limité d’associations : bénéficier, au quotidien ou presque, des services d’un pro de l’image, présent à chacune de nos manifestation, et en assurant le souvenir à travers des centaines de petits albums souvenirs assemblés avec un goût imparable. Bilan : des milliers et des milliers de clics conservés aujourd’hui par la Maison du Jazz (et que, le jour où nous disposerons de locaux ad hoc, nous pourrons enfin mieux mettre en valeur). Par ailleurs, en plus de son travail de photographe, Jacques était aussi un des bénévoles les plus actifs de l’asbl, travaillant avec nous sans compter ses heures au montage d’expositions, à la préparation d’événements etc. Jacques nous a quittés en 2010 mais son travail (clic) reste une superbe « défense et illustration du jazz ». Merci camarade, et merci aussi au deuxième guest de ce déclic, toujours bien actif, lui, boulimique même, de ces gens dont on se demande s’ils n’ont pas découvert le secret de l’ubiquité : Robert Hansenneest partout (toujours et en tout lieu comme on disait au catéchisme). Pas un festival, pas un club (en région liégeoise en tout cas) qui puisse échapper à ses objectifs (clic). Amoureux du noir et blanc, et sachant l’utiliser au mieux pour extraire la substantifique moelle des musiciens qu’il a en face de lui, Robert, comme Jacques avant lui, est devenu l’ami de la plupart des jazzmen. Et le nôtre. Car au-delà de leur talent, ces deux-là avaient/ont aussi une dimension humaine qui n’est pas étrangère à l’âme et à la sensibilité qui se dégagent de leurs photos. Le jazz a besoin de gens comme vous, les gars. Et pas que le jazz ! Vos photos peuvent, comme la musique de ceux que vous immortalisez, faire chanceler le monde puant de Donald Trump, de l’Etat islamique, de Stephane Moreau et des banques. Il suffit d’y croire, après tout. Clic, clic, déclic !  JPS