Déclic(s)

Au risque de passer pour un incurable narcissique, je voudrais à nouveau commencer ce déclic (centré autour d’un livre et d’un coffret) en vous parlant un peu… de moi. Naissance : hôpital d’Ougrée (comme tout le monde à l’époque). Enfance : Flémalle (Haute). Adolescence : Seraing. Etudes universitaires : Liège. Service civil : Liège. Travail : Liège et environs. Habitation : Neuville, à une quinzaine de kilomètres de la cité ardente. Un Liégeois, en somme (même si je n’ai quasi jamais habité la ville en tant que telle). Je n’irai pas jusqu’à dire que j’en suis fier : je ne fais pas partie de la congrégation des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part » dont parle si bien Brassens (ceux qui « pensent que le crottin fait par leurs chevaux, même en bois, rend jaloux tout le monde »). Il reste que je me sens très bien à Liège et que je ne voudrais vivre ailleurs pour (quasi) rien au monde. Le seul problème étant que cela fait de moi, bien contre mon gré, le compatriote d’un certain Stéphane M. (appelons-le Dieu, personne d’autre que Dieu ne pouvant décemment jouir d’un tel pouvoir - je sors par la porte, je rentre par la fenêtre et je reprends mes activités là où je les avais laissées). Ceci dit, si je vous parle de mon ancrage liégeois, ce n’est pas pour le (seul) plaisir de vous dire une fois encore tout le bien que je pense de l’homme qui, jadis, avant les tornades Publifin et autres, faillit, d’un coup de cuiller à pot, faire disparaître la Maison du Jazz de la carte, et priva la région liégeoise d’un pôle culturel et touristique unique (je vous raconterai ça en détail un de ces quatre). C’est aussi et surtout (quand même) pour vous parler de jazz. Et d’un coffret. Et d’un livre.

 

Ce n’est pas un scoop, je me suis intéressé à plus d’une reprise à l’histoire du jazz à Liège. Et, il y a une quinzaine d’années, comme pour sonoriser mon premier livre, nous avions, dans le cadre de la Maison du Jazz, et avec l’aide précieuse de la Médiathèque de la Province de Liège (un merci tout spécial à Michel Xhauflaire), édité un coffret de 6 CD’s intitulé tout simplement Histoire du Jazz à Liège. S’y mêlaient interviews de musiciens de toutes les générations, extraits de disques, d’émissions de radio etc – avec en bonus des dessins originaux d’Yves Budin, s’il vous plait. Le coffret en question semblait épuisé depuis des années, au grand dam de ceux d’entre vous qui manifestaient l’envie d’en acquérir un exemplaire. Or, récemment – c’est toujours comme ça que ça commence – quelqu’un a ouvert une porte à la Province, porte derrière laquelle se trouvait notamment une étagère, étagère sur laquelle sommeillaient quelques exemplaires de ces fameux coffrets. Nous pourrons donc dans quelques temps en remettre quelques-uns en circulation. On vous tiendra au courant et d’ici là, je vous recommande (de manière quelque peu immodeste mais tant pis) ce coffret, idéal pour les longs trajets de voiture et permettant d’entendre l’histoire du jazz racontée par ceux qui l’ont faite. Il serait évidemment utile, à l’occasion, de remettre cette « histoire » à jour, le plus jeune musicien interviewé étant Pascal Mohy, alors débutant. On y réfléchira, promis.  J’en profite aussi, tant qu’à parler de Liège et du jazz, par vous recommander, même si je n’en ai pas encore terminé la lecture, le livre récemment édité par Philippe Marczewski aux éditions Inculte, Blues pour trois tombes et un fantôme : une visite onirico-réaliste d’une région liégeoise telle que l’a vécue l’auteur depuis son enfance, et dont les fils rouges sont, à pas mal d’égards, un certain Chet Baker, Liégeois d’adoption ou presque, et ses amis locaux Jacques Pelzer, René Thomas et Bobby Jaspar. Très bien écrit, très bien construit, avec cette photo de couverture historique prise à l’Esquinade et où on reconnaît René Thomas, Robert Jeanne, J.R. Monterose, Felix Simtaine et Leo Flechet. On en reparlera sans doute à l’occasion mais voilà donc, pour vos longues soirées d’hiver, deux manières de « célébrer » Liège, ses qualités, ses défauts, ses terrils et ses acétates.

 

Je dis « on en reparlera » ok, à moins, évidemment, qu’entretemps, la divinité dont je vous parlais plus haut n’aie racheté et privatisé d’un seul coup d’un seul la ville et la Province de Liège (ce qui aura provoqué mon exil immédiat en Polynésie orientale). Ce n’est pas de l’acharnement ni du populisme, mais quand je pense que cet homme est arrivé sur le devant de la scène comme mandataire politique (et pas comme homme d’argent – eh oui, la nuance existe, quoiqu’en disent les populistes, justement - et qu’il se prétendait socialiste, passez-moi l’expression mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir un peu mal au cul. Sorry (1). JPS

 

(1)   NB : les allusions au personnage en question sont strictement personnelles et n’engagent donc en aucune manière ni mes collègues ni les administrateurs de la M du J. On n’est pas parano mais quand même : deux précautions valent mieux qu’une.