PREZ…

(Lundi 28 décembre 2020)

Déclic. Téléphonique. Ce matin, alors que je cherchais un sujet pour cette rubrique, un sms, violent comme un chorus de James Carter - que tu adorais. Tu nous a quittés sans crier gare, en quelques semaines. Comme pour dire au Covid : « Cours toujours, tu ne m’auras pas ! ». Envie de vomir. J’ai donc un sujet de déclic. Mais putain, qu’est-ce que je donnerais pour ne pas en avoir.. 

Robert Sauvage et moi, on s’est rencontrés à la Fnac, au rayon jazz évidemment, il y a un peu plus de trente ans. Tu es très vite devenu un de mes meilleurs clients. Puis au fil du temps, un ami. C’était le temps de Jazz in Time. Enthousiaste, comme toujours, tu t’es abonné et, au moment où la revue est morte de sa belle ( ?) mort, tu te préparais à intégrer la rédaction. Je dois toujours avoir quelque part (sur une disquette ?) l’interview de Joshua Redman que tu étais allé faire dans le Nord de la France pour le numéro 62 de la revue. Celui qui n’est jamais sorti ! Et puis il y a eu la Maison du Jazz. Tu en as été un des premiers membres et dès le début tu y a fait du bénévolat, assurant notamment les permanences du samedi matin. Les notes, très précises, que tu consignais dans un petit cahier quand tu avais des visiteurs, sont toujours là, elles aussi. A toutes les soirées, à tous les cours, tu étais là, tu tenais le bar et je me souviens même t’avoir vu passer un coup de torchon dans le couloir ! Et puis les concerts, les escapades au Northsea avec Jean-Marie, Danielle et Sophie. Et ce fou-rire le jour où, au Northsea justement, tu avais tiré, pour la première et dernière fois de ta vie, quelques coups sur un joint qui passait. On a même passé quelques nuits ensemble, en tout bien tout honneur, et tu t’es moqué de mon pyjama pendant des semaines. Je me souviens aussi des soirs où, un peu tristounet, tu débarquais chez moi à une heure du matin pour parler de tout et de rien.. Du boulot. Des femmes. De l’avenir. De la vie. Et puis, la vie, justement, a fait que nous nous sommes vus moins souvent. Ton boulot te prenait un temps fou, puis ta fondation, ta passion pour les motos et les animaux. On se revoyait de temps à autre, un resto, une réunion. Et il y a quelques mois, la quille ! Juste avant, tu nous avais fait visiter cette Fondation dont tu étais si fier. Tu allais enfin avoir du temps devant toi. Ce temps derrière lequel tu avais couru toute ta vie. Tu ne manquais pas de projets, notamment celui de te réinvestir davantage dans la Maison dont tu étais le président. Putain… Bien sûr, comme tu me le disais encore il y a quelques semaines au téléphone, il y avait des sujets sur lesquels on savait qu’on n’était pas d’accord (les armes, tout ça..) et qu’il valait mieux éviter. Alors on évitait. On se souvenait de la phrase de Brel : « On n’était pas du même bord mais on cherchait le même port » et l’amitié et le jazz reprenaient le dessus. Jusqu’à cette foutue année 2020 qui a décidé de nous casser le moral jusqu’au bout. La maladie a fait fort. Et vite. Tu n’essaieras jamais ta nouvelle moto et ça me fait un mal de chien, moi qui n’ai jamais fait de moto de ma vie. Salut, mon ami. JP