Edito. Editard. Je sais, je sais, ces vingt dernières années, ce genre de jeux de mots foireux, je vous l’ai sorti au moins dix fois de mon vieux sac à malice usé et érodé. Comme un Hot House du siècle dernier. Un petit coup de “déjà vu” en guise d’apéro ?  A moins qu’avec l’âge, inspiration ne rime avec érection ? Soyons sérieux : si au moment d’écrire les deux premières phrases de ce petit texte, je n’ai pas la plus petite idée de l’endroit où elles vont nous conduire, je connais par contre le coupable : c’est encore et toujours cette bonne vieille deadline, celle là même qui enlève tout son sens à la notion même d’édito. Je sais que pour une structure comme la nôtre, il n’y a pas d’autre solution (et j’en profite pour remercier notre graphiste Andrea qui met son talent au service de ce Hot House depuis des lustres. Et pour féliciter par la même occasion notre collègue et nouvelle spécialiste en inDesign Charline, qui reprend le train en marche, Chihuahua sous le bras). En attendant, non seulement je ne sais pas ce que mon clavier me/nous réserve, mais je ne sais pas davantage quel sera le résultat des élections qui se profilent à l’horizon de ce drôle de petit pays (où on n’a pas de pétrole mais où, heureusement, on a du jazz à foison).

Elections. Affinités électives ? Euh, oui enfin… Si on décidait de voter d’office pour le parti qui défend avec force ce qui domine notre vie, il n’y aurait guère d’artistes dans les urnes ce dimanche à venir. Parce que, sérieusement,  quel parti évoque la culture dans son programme ? Je ne parle même pas d’en faire un enjeu majeur (bien qu’il y aurait de quoi) mais juste de l’évoquer ! Rien, pas un putain de mot ! Et pourtant, à quoi ressemblerait un monde sans culture ? Sans compter que des études récentes et sérieuses ont prouvé les retombées économiques décisives du monde socio-culturel dans le monde tout court. Musique, littérature, peinture, théâtre, cinéma, que sais-je ? Rien ! Nada.

Pas question pour autant de jouer au jeu dangereux du “tous pourris”, du “tous les mêmes”, un jeu dont on sait où il nous mène : en plein dans le mur, juste à droite après le tournant. J’ai la naïveté de croire que si mes arrières grands parents se sont castagnés du fond de la mine juste pour pouvoir glisser un petit carton dans une urne, c’était pas pour les couilles du pâpe – mais peut-être pour celles du patron qu’ils auraient aimé pendre par les attributs en question. Voter donc – j’en parle à l’aise, moi qui ai boycotté tant d’années ce rendez-vous qu’on disait obligatoire.  Voter, ok mais, en ce qui me concerne en tout cas, s’il m’est facile aujourd’hui de savoir pour qui je ne vais pas voter (suivez mon regard), il m’est par contre bien difficile de décider à qui je vais offrir ma somptueuse voix/ voie. Imaginez qu’un jour, comme ils l’ont fait (presque tous) avec les enjeux écologiques, après d’être gaussé des premières revendications des Verts, tous les partis se mettent à défendre la culture. Ou, rêvons, à défendre le jazz ! A revoir à la hausse les budgets et les salaires des travailleurs culturels (comme des éducateurs de rue, même combat). S’ils décidaient d’inscrire à leur programme un vrai rééquilibrage des salaires, à travers un authentique revenu universel - pas un minimex déguisé, entendons-nous, un vrai “à chacun selon ses besoins”, nom de Dieu ! Et les besoins ne se limitent pas à manger ou à avoir un toit. On a besoin aussi – et comment -  de la culture, d’un concert Jazz and More, d’une séance de cinoche, d’une défense du patrimoine, de locaux pour la Maison du Jazz 1. Encore faudrait-il veiller, évidemment, à ce que quelques affreux ne profitent pas de l’application de ce revenu universel pour écrire en note de bas de page de l’accord, en tous petits caractères : “Maintenant que vous l’avez, votre revenu, ne venez plus nous faire chier avec vos acquis sociaux, votre chômage ou vos droits de grêve. Fini tout ça. On ne peut pas avoir le beurre, l’argent du beurre et les attributs de la fermière.”. Ben si, on peut ! Et on finira par l’avoir.  Oui enfin bon, on verra. JPS