Déclic (et des claques) 

C’est un post facebook qui est à l’origine non seulement de ce déclic mais de celui des trois ou quatre Hot House à venir. Point de départ : un Centre Culturel dont je ne citerai pas le nom (on n’est pas là pour se bastonner) annonce un concert à l’aide, notamment, d’une très belle photo réalisée par un des deux ou trois grands chasseurs d’images bleues d’aujourd’hui. Jusque là, rien à dire, la photo ayant été fournie par les musicos, qui avaient le droit de l’utiliser pour leur promo. Sauf que, sur le site du Centre Culturel en question, pas l’ombre d’un soupçon de mention du nom du photographe. Comme si ça allait de soi. Et le photographe en question (que je ne citerai pas non plus, je pense qu’il n’aimerait pas ça) se fend dès lors d’un petit coup de gueule, pas bien agressif, mais qui remet l’église au milieu du village et les pendules à l’heure Et du coup, ma pendule à moi se remet à tictaquer. Qui imaginerait de se poser une question absurde du genre « A quoi ressemblerait le monde du jazz sans les musicos ? » Personne évidemment, sans musiciens, pas de musique sinon celle du vent, de la pluie, de l’estomac qui gargouille ou du silence – c’est déjà ça mais côté swing, ça ne suffit pas vraiment à faire claquer des doigts. Ce serait un peu comme commander un sandwiche au fromage sans fromage (© Bob et Bobette). Par contre, il est une question dont la pertinence semble échapper à pas mal de gens : « A quoi ressemblerait le monde du jazz sans ces compagnons de route des musiciens que sont les parajazziques ? ». Par parajazzique, entendez les photographes, peintres, dessinateurs, graphistes, chroniqueurs, essayistes, historiens, poètes, preneurs de sons (officiels ou pirates), hommes de radio, danseurs, organisateurs etc. La réponse n’engage que moi, mais je pense que le jazz y perdrait une part importante de sa force de frappe et de sa signification. Et les musiciens – qui savent que ce n’est pas leur job de s’auto-promotionner, de s’auto-portraitiser, de s’auto-financer, de s’auto-encenser voire de s’auto-critiquer – l’apprendraient vite à leurs dépens. Bon, ok, nous ne vivons pas dans un monde de bisounours (mais bien souvent, au contraire, dans un monde dirigé par de gros ours pourris – suivez mon regard). Et il est vrai que parmi les parajazziques d’hier, certains ont sans doute profité de leur statut auto-proclamé, pour se faire du pognon, ou simplement pour se faire mousser encore et encore (eh non pas de nom ici non plus, on n’est pas là pour régler des comptes). Mais ces coucous qui venaient se nourrir des œufs musicaux pondus par d’autres, sont largement minoritaires aujourd’hui et la plupart sont, comme les musicos, au service de cette musique qu’ils adorent et de ces artistes qui les/nous aident à vivre. Depuis quelques temps, Olivier évoque pour vous les grands spécialistes des pochettes de disque. Les prochains déclics prolongeront ce travail en rendant hommage aux grands parajazziques, catégorie par catégorie.

 

Petit rappel en attendant. Il fut un temps où, au cœur d’une Maison du Jazz où l’on espérait encore obtenir de la Ville des locaux mieux appropriés à l’ampleur des collections et au nombre des participants aux activités, il fut un temps, donc, où à l’endroit où se trouvent actuellement les bureaux, une petite galerie accueillait ces « autres jazzmen ». On l’avait baptisée Galerie Jacques Pelzer, en l’honneur de celui qui devait être notre Président d’Honneur et qui nous avait quittés quelques semaines avant l’inauguration. Ont défilé dans cette galerie (cimaises et vitrines) des dizaines de photographes, de peintres, de dessinateurs, de collectionneurs. Nous y avons également monté nous-mêmes (avec l’aide précieuse de notre ami photographe et bénévole majuscule Jacques Joris) des expositions tirées de nos collections (la toute première était assez logiquement une expo Jaspar-Thomas-Pelzer). L’aventure a duré de 1994 à 2011, avec à la clé quelques vernissages mémorables - je pense, par exemple, à ceux d’Yves Budin, de Jean-Pierre Urbain ou de Jampur Fraize, lequel avait profité de l’occasion pour donner, avec son groupe, un concert… en pyjama !

Parajazziques donc. Le mois prochain, je commencerai ce tour d’horizon en évoquant ceux qui, juste après la guerre, se désignaient eux-mêmes sous le nom de « gonocoques ».  JPS