DECLIC ? EDITO ?

D’abord, il y eut cet appel, comme en sourdine: Parajazzique confiné cherche déclic. Faire offre.Aussitôt, l’écho(rona) répondit :« De quoi te plains-tu cheval ? Des sujets, il suffit de se pencher pour en trouver». Alors, le parajazzique confiné se pencha, humblement - peut-être un peu de fatigue ? Et de fait, il trouva. Une pandémie délirante, comme on n’en avait vu jusque-là que dans les romans ou les films de science-fiction (ou en Afrique, mais bon l’Afrique c’est loin et ils ne sont pas vraiment comme nous). Un confinement dont on ne voit pas le bout. Des soins plus intensifs que jamais. Des maisons de repos éternel. Et des tableaux, des myriades, des chiffres, des graphiques, des images fortes, des interviews émouvantes, des nouveaux héros, des anti-héros, des zéros. Des pro-masques, des anti-masques. Des montagnes de savon et de gel hydrochose acheté à prix d’or. Et des montagnes de PQ (les spécialistes auraient-ils oublié de nous dire que la diarrhée fait partie des effets secondaires du Covid 19 ?). Et puis des slogans, en veux-tu : Restez chez vous ! Tous des incapables ! Il y aura un avant et un après la crise ! Eh, les infirmières, parquez-vous ailleurs ou je vous en colle une. En vérité, des déclics en pagaille, frères confinés ! Déclics glauques (pas facile à dire, ça) mais déclics quand même. Sujets d’éditos plutôt. Et cette question, secondaire mais obsédante : de quoi parlaient les JT avant ? En quelques semaines, le monde est devenu un épiphénomène de cette petite bestiole mal coiffée (je sais de quoi je parle). La terre, une grosse boule qui roule autour d’autres petites boules hirsutes. Pas fun. Je m’étais pourtant juré de ne pas participer au déferlement médiatique provoqué par le coronachose. Pas envie de jouer au quidam devenu subitement spécialiste en immunologie, en bactériologie ou en économie, au futurologue patenté, à l’amoureux des records, au je sais tout, je l’ai lu sur facebook. Pas trop envie de rejoindre le chœur de ceux qui font du bruit chaque soir, de 20h00 à 20h02. Pas envie de hurler avec les loups, ces loups qui attaquent au marteau pilon (parfois à raison) les pouvoirs publics. Pas envie, évidemment, de jouer au fouteur de merde en bravant ridiculement les consignes (et c’est un adepte du Ni Dieu Ni Maîtrequi vous parle). Pas très envie, finalement, de parler de tout ça, mais pas très envie non plus de ne pas en parler. Et puis, il y a quelques jours (une semaine, deux, on ne sait plus vraiment) le pompon, mon vieil ami Marco Dujardin, sans lequel je n’aurais jamais écrit mon premier livre, sans lequel, par conséquent il n’y aurait jamais eu de Maison du Jazz, Marco donc, tire sa révérence, en rêvant de sax baryton, qui sait. Et là, tout d’un coup, ça devient trop. Vraiment trop. Ne pas craquer.

 

Depuis, on sait (on le savait déjà) que le confinement va durer. Que le déconfinement sera long, long, long. Que les festivals et les concerts vont sauter. Que les cours ne reprendront pas avant septembre. Putain ! Et là, il faut que je vous dise un truc, my friends of the Maison du Jazz : vous me manquez ! Vachement ! Même si je fais partie des privilégiés pour qui le confinement reste relativement confortable (un jardin, du télétravail, des contacts par skype avec les enfants etc), vous me manquez ! On était loin d’imaginer le dernier jeudi de cours et l’ultime vendredi de soirée vidéo, que la vie allait s’interrompre et se réduire au numérique (pour ceux qui y ont accès). Qu’on allait rester aussi longtemps sans se voir. On imagine bien qu’on ne va pas être les premiers à être déconfinés, nous qui écoutons du jazz (de la musique de sauvages) coincés à 20 ou 30 dans une petite bulle bleue. On vous tiendra au courant mais c’est pas fun, pas fun du tout. Et c’est encore bien moins fun pour les musiciens, privés de leur gagne-pain. Pour les artistes en général. Et si on entend parler de reprise de l’économie, on n’entend guère parler du retour de la culture, tiens donc. Alors on fait quoi ? On déprime, tranquilles ? On flippe à chaque éternuement ? A chaque nez bouché ? On se laisse bouffer par l’angoisse, la parano et le stress ambiants ? Non, bien sûr, on essaie juste de tenir le coup en pensant à ceux qui se retrouvent seuls ou avec une mêlée de gosses dans un micro-appartement. On écoute un max de musique. Et on lit - tiens, je vous recommande un roman flamand, eh oui, Débâcle, premier roman de Lise Spit, sorti en français dans la collection Babel. Un peu glauque mais très prenant. On regarde encore un peu plus de séries (et pas seulement La Casa de Papel, même si on était bien content que la saison 4 arrive). On tente de garder le contact à travers la toile (jamais on n’a activé notre site et notre facebook comme on le fait depuis quelques semaines – merci à mes collègues et merci à vous de nous soutenir).  Et on se force à croire que cette crise pourra au moins servir à quelque chose : en Inde, ça fait des décennies que les habitants n’avaient plus vu les sommets de l’Himalaya, because pollution ! Ben, maintenant il les voient ! Récemment, mon petit-fils (4 ans tout juste) disait à ses parents : « Dis, papa, c’est parce qu’on jette les papiers par terre que la terre s’est fâchée et qu’elle nous a envoyé le virus ? ». Pour que tout ça prenne un sens une fois la crise terminée, faudrait juste tout faire pour court-circuiter le tout à l’économique, rien que ça, et revaloriser enfin l’ensemble du secteur non-marchand (les soins de santé mais aussi tout le monde socio-culturel).  Utopique ? Sans doute, et alors ? Ce sont les utopies qui ont permis chaque avancée. Et c’est l’urgence si on veut éviter de retomber dans la même logique suicidaire du profit. C’est pas gagné mais comptez sur nous pour le rappeler à qui de droit, le moment venu ! Allez, on respire ! JPS