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Focus Lionel Aquilina
Interview complète
Maison du Jazz

Tu viens de l’Académie classique où les cours étaient axés pop/rock, comment en es-tu arrivé au Jazz, peux-tu nous résumer ton parcours ?

 

A l’âge de 3 ans j’ai joué des percussions africaines, c’était ma première approche musicale, j’accompagnais ma maman qui allait suivre les cours du percussionniste sénégalais Birane Gueye, j’adorais car il y avait énormément d’énergie. Quelques années plus tard, ma maman m’a inscrit aux cours particuliers d’ Antoine Cirri, je devais avoir 6 ans et cela n’a malheureusement pas fonctionné. Je voulais lui montrer ce que je savais faire, plus le côté pratique des choses, et lui voulait m’apprendre à lire et à écrire la musique, je n’y étais pas réceptif et n’avais qu’une seule envie, jouer, j’étais certainement trop jeune et j’ai arrêté les cours après quelques mois.

A cette époque le jazz ne me parlait pas encore, je n’ai aucun musicien dans ma famille. À la maison il y avait du Dave Brubeck, je me souviens du titre Take 5 qui m’avait fortement impressionné, Supertramp, Bob Marley, je me souviens aussi de Chaka Demus qui était une sorte de Reggae Hip-Hop très groove. J’ai ensuite intégré les jeunesses musicales vers l’âge de 10 ans, ce fut ma première approche de groupe, j’ai pu y jouer avec d’autres personnes et là, je me suis senti dans mon élément. Les cours de batterie étaient donnés par Eric Mingelbier, c’était une approche moins axée sur le solfège, on m’a tout de suite mis une batterie entre les mains avec quelques explications, rythme binaire, du shuffle, les mesures, le solfège était présent mais intégré dans la pratique de l’instrument. Les jeunesses musicales m’ont vraiment permis de jouer avec d’autres et c’est cela que je recherchais, il y avait des stages pendant les vacances, on y préparait les morceaux que l’on présentait ensuite au Cirque des variétés. A 14 ans je côtoyais des gens qui étaient à l’Académie de Chênée dont un ami de maman qui m’a conseillé de m’y inscrire. Le solfège me faisait toujours peur mais je me suis lancé, la première année j’ai suivi les cours classique sans instrument car ils considéraient que l’on devait apprendre les notes avant de toucher un instrument, ce qui était un peu frustrant pour moi vu que je jouais déjà. Cette année m’a permis de mettre un nom sur ce que je pratiquais, une mesure, une portée écrire et une double croche, on y chantait les notes, j’avais l’impression d’avoir accès à un vocabulaire tout à fait nouveau qui allait sans aucun doute me servir.

La seconde année, les cours de solfège étaient augmentés le samedi, d’un cours de batterie avec Daniel Bodarwé, il a testé mes connaissances et j’ai tout de suite adhéré à sa façon de travailler car j’avais cette envie de jouer, on faisait des breaks binaires et des rythmes au départ du pop/rock. Daniel à très vite remarqué que je mettais des nuances dans mon jeu, il savait que j’écoutais Claude Nougaro et Sting dont les batteurs sont très jazz ainsi que Michel Jonasz qui lui, est tout de même accompagné par Manu Katché. Il m’a donc dirigé vers la batterie jazz, m’a parlé d’un stage d’une semaine, le jazz au vert organisé par les lundis d’hortenses où j’ai rencontré Bruno Castellucci. Je me suis ensuite préparé pour l’examen d’entrée du conservatoire de Jazz, je n’ai pas été pris car il y avait beaucoup de très bons batteurs. J’ai alors décidé de faire 3 années de baccalauréat pour avoir un filet de sécurité en mettant un peu la musique de côté, ce qui fût une grande frustration pour moi.

Mon diplôme en poche je me suis inscrit pour trois ans à l’académie d’Amay sous la coupe d’Antoine Cirri qui a pu constater mon évolution musicale. Pour parfaire mes études, Antoine m’a parlé d’un stage international d’un semaine, le Jazz puzzle qui se donnait à Moucron. J’y ai joué avec des français, des italiens, des espagnols à raison de 8 heures par jour, il y avait une véritable alchimie entre les musiciens, j’étais comme en poisson dans l’eau. Bart De Nolf était un professeur très pédagogue, il nous tirait vers le haut et nous a appris une quarantaine de titres, c’était génial.

A mon retour à Liège j’avais d’autant plus envie de jouer, je me suis alors présenté aux Jams du Sounds, Music Village et Bravo à Bruxelles, ainsi qu’à Maastricht et surtout les jam du Blues Sphère en Outremeuse organisée à l’époque par l’œil kollectif. J’ai aussi joué dans des Jam blues, j’allais au petit tonneau à Andenne pour me faire une armure et mettre une autre corde à mon arc.

Ensuite j’ai rencontré le trompettiste Antoine Dawans au Blues Sphère, je suis allé lui parler et j’ai senti que quelque chose devait se réaliser. Ça devait être fin 2013, je lui ai dit que j’aimais son son, que j’étais batteur et il a accepté de venir chez moi, dans le Laveu faire des petites sessions en duo, il m’a testé, écouté et il m’a laissé ma chance, ça a collé humainement et musicalement entre nous. Le bassiste Jean Debry est alors arrivé dans l’aventure et nous jouions ses compos en trio.

 

Une rencontre décisive au début de ta carrière musicale, Sébastien Hogge…

 

Je jouais un soir à une jam du Blues Sphère et Sébastien y était, il m’explique qu’il va sortir un album solo et qu’il cherche des musiciens pour l’accompagner sur quelques titres. J’ai profité de cette info en lui proposant mes services disant que j’adorais le blues, le jazz et le Funk et c’est là que tout a débuté. Antoine, Jean et moi étions tous hyper motivés par l’aventure, nous sommes rentrés en studio pour enregistrer deux des dix titres en quartet. Les concerts ont suivis  en 2014 et le solo de Sébastien a petit à petit fait place au quartet avec les arrangements d’Antoine Dawans. Ce qui est formidable, c’est que tous les musiciens ont une place à part entière, c’est un véritable travail d’équipe, nous sommes tous les quatre presque indispensables. Nous avons eu la chance de jouer en 2017 au festival de Gouvy toutes les compos en quartet et en octobre , nous rentrions une semaine en studio pour préparer l’album Grandma'z Downtown avec lequel nous tournons pour l’instant au niveau international et ça fonctionne bien !

 

Quelles sont tes idoles, tes références de batteurs ?

 

Dans les premiers temps j’ai écouté Jeff Hamilton, batteur entre autre de Diana Krall qui m’a donné envie de jouer aux balais, c’est une autre technique de jeu avec des sons qui groovent, même à bas volume. Peter Erskine, Joe Morello à l’époque de Dave Brubeck, Vinnie Colaiuta et aussi Lionel Beuvens avec qui j’ai pris quelque cours. Ce sont tous des batteurs qui ont une véritable palette de couleurs au niveau de la créativité et des nuances.

 

Vers où aimerais-tu te diriger, aimerais-tu vivre de la musique  ?

 

Vivre de la musique l’avenir nous le dira, nous croyons tous au quartet et notre objectif est de sortir de Belgique, nous nous investissons tous dans ce sens.. J’ai trente ans et je suis à un tournant de ma vie, je suis en pleine réflexion. Dans le passé j’ai donné des cours privés ainsi qu’à l’atelier Rock de Huy pendant quelques années et je sais que cela demande beaucoup d’énergie. Ce qui est chouette pour moi c’est la scène et les enregistrements, avoir des projets, je dois être sélectif et trouver mon équilibre, il faut de la chance et avoir plusieurs cordes à son arc. Vers où j’aimerais me diriger ?, en tout cas pas vers les cover-bands même si j’ai beaucoup de respect pour ce qu’ils font, ce n’est pas ce que je vise.

 

Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui débuterait la batterie, lui conseillerais-tu de suivre ton parcours ?

Je n’ai pas choisi mon parcours, certains me disent que j’ai fait les choses à l’ envers et cela me fait rire, si j’avais dû persévérer à six ans au niveau solfège, j’aurais peut-être été dégouté, je suis très content d’avoir d’abord eu le côté pratique. Je conseillerais à un jeune d’être attentif aux rencontres, que tout est bon à prendre même si l’on ne s’en rend pas compte lorsque ça arrive, de ne pas lâcher ce qui l’attire et d’écouter sa sensibilité, de multiplier les expériences, d’écouter énormément de choses différentes et ne pas se focaliser dans un style car le jazz est tellement riche et varié. Lorsque j’écoute Santana, pour moi c’est du jazz, dès qu’il y a une liberté de jeu, d’improvisation on est dans une couleur jazz, c’est du métissage.

Mon autre conseil est de s’entraîner énormément, seul mais aussi de jouer avec beaucoup de gens et d’avoir de véritables échanges, des regards entre musiciens pour se comprendre, cela donne énormément d’énergie. 

Interview réalisée par Olivier Sauveur.