... A LA UNE

Octobre 1964, New York. Du 1er au 4 se tient un festival
nommé October Revolution in Jazz — référence directe
à la révolution bolchevique d’octobre 1917 — au Cellar
Café, un coffee shop arty ouvert cette année-là.
Organisé par le trompettiste et compositeur Bill Dixon,
il réunit des musiciens de l’avant-garde que sont Sun
Ra, John Tchicai, Paul Bley, Roswell Rudd, Jimmy
Giuffre, Rashied Ali parmi des dizaines d’autres. Chaque
soir à minuit sont programmés des panels de
discussion auxquels participent Archie Shepp, Cecil
Taylor ou Steve Lacy. Dans la salle, on peut notablement
croiser Ornette Coleman et Gil Evans.
Le festival est un succès populaire (entrée à 1$!) et
atteint le double objectif recherché par Bill Dixon en
apportant la preuve qu’il existe un fameux creuset de
musiciens méritant d’être écoutés et que leur musique
recueille de l’audience, majoritairement jeune. Il aura un
impact immédiat, menant à la création de la Jazz
Composers Guild, et par-delà engendrera une culture
du do-it-yourself dans le milieu jazz (AACM, Jazz and
People's Movement, Black Artists Group). L’occasion
de rappeler ici que la mouvance free, souvent décriée, a
été à l’origine d’avancées musicales et extra-musicales,
ouvrant la voie aux musiques populaires et ethniques
d’Inde et d’Afrique, accompagnant la lutte pour les
droits civiques et d’autres luttes hors USA etc.
Octobre 2026, Belgique. Sur les douze derniers mois
écoulés, on a vu la Médiathèque être liquidée à l’heure
de célébrer son 70ème anniversaire, la fin de l’accès
gratuit aux académies pour les enfants de moins de 12
ans, la pension des artistes rabotée de façon inique par
la récente réforme au fédéral et l’usage croissant et
irraisonné de l’intelligence artificielle, réduisant toujours
plus la musique à un flux sonore produit comme source
de profit, sans omettre le projet de hausse de la tva
dans le secteur culturel qu’un avis critique du Conseil
d'État a heureusement retoqué. De 1964 à 2026 ou
comment passer de la révolution à la régression?
Octobre 2026, Liège. Outre nos activités récurrentes, la
Maison du Jazz vous propose deux moments où se
conjugueront liberté, révolution et résistance. Une
soirée vidéo en compagnie de Dave Holland, musicien
libre à plus d’un titre, associé à ses débuts à la
révolution électrique de Miles Davis et devenu un leader
influent, également fondateur de son propre label. Et
une session Blue Afternoon où l’invitée sera cette fois
issue non pas du monde musical mais littéraire. En
musique et en paroles, Claire Ruwet partagera son
recueil «Résister en voix jazz». 

JO