Tempus fugit, comme disait Bud Powell — qui savait de quoi il parlait. A peine le temps de se retourner, à peine le temps pour Netanyahou de poursuivre, tranquille, son génocide sous le regard éteint de la communauté internationale, à peine le temps pour Trump de beugler «America First», en faisant perdre à l’Amérique ce qui a fait sa «vraie» grandeur — la liberté —, à peine le temps pour les maîtres de l’industrie de faire fondre quelques glaciers et de déforester quelques hectares, à peine le temps pour Poutine... enfin vous m’avez compris. A peine tout ça et nous revoilà déjà en janvier face à notre annuel mois blues. Un mois blues qui n’aura jamais aussi bien porté son nom que cette année. Bien sûr, Olivier vous proposera un concert de blues dans le cadre des soirées Jazz&More au Pelzer (et on vous recommande ce concert de Guy Verlinde, un des meilleurs bluesmen du pays et ils ne sont pas si nombreux). Bien sûr, il y aura une soirée vidéo consacrée au blues. Bien sûr, nos collections continueront à s’enrichir. Bien sûr, il y aura encore du blues dans les Inspecteurs des Riffs. Bien sûr. Mais quand même… Quand on regarde les Pépites les plus anciennes (et par exemple celles des premiers cours et des premières soirées), on se dit que les rangs se sont sacrément dégarnis. Avec comme dernier départ celui de notre ami André-Paul Laixhay… Bon, mais revenons au blues. Vous le savez sans doute, les distinctions en blues sont davantage géographiques qu’en jazz (le blues du Mississippi, de Chicago, du Texas, de l’Arkansas, que sais-je). En Belgique, nous avons le bonheur (!) de vivre, à notre corps défendant, au rythme d’une nouvelle forme de blues, l’Arizona Blues. Et les outlaws qui le pratiquent semblent bien décidés à tout faire pour détricoter tout ce qui a été mis en place ces dernières décennies en matière de culture, de services publics, de politique sociale. Sans compter que, contrairement au camarade Robin des Bois qui prenait aux riches pour donner aux pauvres, ceux-là s’ingénient à prendre aux pauvres pour donner aux riches. Le blues, je vous dis… Et puis, le blues, aujourd’hui, c’est aussi celui d’une maison bleue accrochée aux bords de Meuse. Une maison bleue qui... Mais on en reparlera — le plus tard possible. Allez, je vais me décapsuler une Chimay blanche et m’écouter Coltrane Plays the Blues… A la prochaine.
JPS